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 Qd les Suisses veulent connaître le mal être des banlieues..

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B-noa
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Vellâjo/Lieu : Septante cinq, capitale savoyarde au XIXe siècle
Date d'inscription : 14/07/2005

MessageSujet: Qd les Suisses veulent connaître le mal être des banlieues..   Mar 20 Déc 2005 - 18:13

"L'Hebdo" de Lausanne s'installe à Bondy pour capter la réalité des banlieues"

Au mur du studio est affichée la photo de l'équipe locale de foot, le Racing Club de Bondy. En légende figurent les noms des joueurs, presque tous à consonance arabe. Deux coupes, sur une étagère, évoquent les succès du club. C'est dans le reflet de la plus large d'entre elles que le premier journaliste occupant du studio se rasait, avant qu'il ne se procure un miroir au bazar local. Les murs sont défraîchis, la peinture s'écaille et la moquette n'a pas été shampouinée depuis longtemps. Un frigidaire et une bouilloire électrique constituent tout l'équipement de la cuisine.


"Ici, beaucoup de gens vivent dans de telles conditions", commente Pierre Nebel, journaliste habituellement basé à Zurich, où il couvre l'actualité politique et économique de la Suisse alémanique, après avoir vécu deux ans en Chine.

Depuis le 11 novembre, il est le cinquième envoyé spécial de L'Hebdo, célèbre newsmagazine suisse basé à Lausanne, à venir s'immerger en Seine-Saint-Denis, dans le but de comprendre les maux des banlieues françaises. "Les rédacteurs successifs débarquent avec leur sac de couchage, pour dormir sur un simple clic-clac" dans ce studio de 20 mètres carrés, au rez-de-chaussée de la cité Auguste-Blanqui, prêté par la mairie au Racing Club, qui l'a mis à disposition du journal.

Pourquoi Bondy ? L'épouse de Serge Michel, le chef du service "monde" de L'Hebdo, a une amie qui y vit, Gabrielle, "militante communiste, employée à La Nouvelle Vie ouvrière, l'hebdomadaire de la CGT", raconte-t-il. A l'arrivée, chaque journaliste est accueilli par son collègue, qui lui remet les contacts et les renseignements pratiques, comme l'adresse du café Internet d'où il pourra transmettre ses articles. Le cahier des charges des rédacteurs est précis. Ils doivent envoyer un article chaque semaine, à paraître dans L'Hebdo, et alimenter le blog créé pour relayer l'opération (www.hebdo.ch/indexBlogs.cfm).

"C'est la première fois que le journal crée un blog pour informer les lecteurs de notre travail, explique M. Nebel. Cela permet de raconter ce qu'on ne peut écrire dans un article journalistique. Ces bribes de vérité, qui s'apparentent au genre de la chronique, disent peut-être plus de choses que le reportage classique, construit sur une thématique et un angle précis." L'ensemble de ces chroniques au jour le jour représente d'ores et déjà des dizaines de pages, contenant une masse d'informations sur l'économie locale, la géographie sociale, les préoccupations des habitants.

Portraits en un feuillet, échos reproduisant fidèlement le langage des jeunes, indignation devant des situations d'exploitation : environ 500 à 600 personnes visitent le blog chaque jour, dont la moitié de Bondynois. "Je me sens comme un localier : des gens m'interpellent pour m'engueuler ou me remercier de mes chroniques", raconte le journaliste de L'Hebdo.

Après son compte rendu d'une réunion sur le sida organisée par une association locale maghrébine, il s'est fait apostropher par un militant. "J'avais écrit que la réunion s'était tenue dans une cave. Le mot l'a fait bondir : c'était une pièce en sous-sol. J'ai compris l'importance des mots."

Sabine Pirolt, la deuxième envoyée spéciale du journal, a fait le récit de l'hôtel où elle logeait, qui accueille des personnes envoyées par les services sociaux. Dans cette cour des miracles, elle a croqué le portrait d'une prostituée congolaise et celui d'un Gitan, voleur de portables. Le patron de l'hôtel veut lui intenter un procès en diffamation et le Gitan jure de venir lui faire la peau à Genève...

Parfois, les journalistes de L'Hebdo choisissent de cacher leur profession. Devant un magasin de matériaux de construction, Blaise Hofmann s'est glissé parmi un groupe d'hommes qui cherchaient à se faire embaucher au noir pour la journée. En se prétendant peintre et maçon, il a découvert les conditions de travail de ce qu'il appelle le "marché aux esclaves". Le confrère arrivé ce jeudi pour prendre la relève de Pierre Nebel compte se fondre dans une bande de jeunes Noirs et Arabes cherchant à entrer dans une boîte de nuit, afin de témoigner en direct de la discrimination.

Le principe de ces stratagèmes ne choque pas ces journalistes : "C'est le seul moyen d'obtenir certaines informations", affirment-ils. Face à la misère, ils se muent parfois en militants : M. Nebel suit le cas de Dolly, une sans-papiers congolaise dépouillée et expulsée par son propriétaire. La situation de cette mère jetée à la rue avec ses deux enfants l'a tellement scandalisé qu'il poursuit le propriétaire fautif, espérant obtenir réparation pour Dolly.

A la rédaction de L'Hebdo, les envoyés spéciaux à Bondy se recrutent sur la base du volontariat. Les candidats ne manquent pas. La durée inhabituelle de ce reportage hors normes bouleverse les modes de travail à Lausanne. Serge Michel, qui a mis un point d'honneur à être le premier à débarquer à Bondy, a certes fait les repérages courants : trouver les lieux significatifs, contacter les interlocuteurs utiles, déterminer une liste de sujets et d'angles à approfondir. Surtout, il a fait la connaissance de Mohamed Djeroudi, coordinateur des 16-26 ans pour la mairie de Bondy, grand expert de sa ville, qui met les journalistes suisses en contact avec les habitants et les acteurs sociaux, économiques ou politiques.

"On s'appelle ou on se voit tous les jours. C'est lui qui nous ouvre les portes", dit M. Nebel. En tant que Suisses, les membres de L'Hebdo bénéficient sur place d'un a priori positif, mais le mot de journaliste suscite de la méfiance, parfois de l'agressivité.

Les uns se sont intéressés à la disparition de l'emploi industriel, dans cet ancien fief de Simca, ou aux créateurs de petites entreprises. Les autres ont suivi des jeunes à l'école, à la mosquée. M. Nebel s'est passionné pour... les cimetières. "Il n'y a presque aucune tombe musulmane dans les cimetières de Bondy, alors que 30 % à 40 % de la population appartiennent à cette confession", observe-t-il.

Parmi les cinq croque-morts de la ville, quatre se sont présentés comme des professionnels "laïques" ; le cinquième, musulman, les décrit plutôt comme "des croque-morts catholiques", auxquels les familles musulmanes hésitent à confier leurs morts.

Avant de repartir, le journaliste résume le décalage qu'il a découvert entre fantasmes et réalités. "Il y a moins de tags à Bondy qu'à Zurich !"


Catherine Bédarida
LE MONDE | 17.12.05 | 15h16 • Mis à jour le 17.12.05 | 15h16
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MessageSujet: Re: Qd les Suisses veulent connaître le mal être des banlieues..   Mar 20 Déc 2005 - 18:26

Le site de l'Hebdo : http://www.hebdo.ch/

Le site du blog de l'Hebdo : http://www.hebdo.ch/indexBlogs.cfm
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