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 Identité nationale? par Olivier Rabache

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Fanfouès
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MessageSujet: Identité nationale? par Olivier Rabache   Mar 10 Nov 2009 - 17:02

Le «débat» est lancé. «Par delà les appartenances et l'identité de chacun, sur quels principes fonder la démocratie et la citoyenneté?» aurait certes été une question plus appropriée.

Comme dans tout système centralisé et jacobin qui se respecte, l'initiative vient du plus haut sommet de l'État, par la voix du militant socialiste national Éric Besson, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, lequel se veut plus nationaliste que Jean-Pierre Chevènement lui-même.

Son modèle est Marx Dormoy, le paradoxal ministre de l'Intérieur du Front populaire responsable de la fusillade de Clichy (5 militants ouvriers tués) et du refoulement des réfugiés politiques clandestins (circulaire du 14 avril 1937). Qui se souvient encore des conditions dans lesquelles les républicains espagnols, femmes, enfants, blessés et vieillards inclus, ont été accueillis en France, entre camps de fortunes, camps d'internement et expulsions vers les pelotons d'exécution franquistes?

Une page peu glorieuse de notre «identité nationale».

Aujourd'hui, sous couvert de républicanisme, les préfets sont chargés d'encadrer un «débat» dont les motivations électoralistes le disputent à l'infâme (expulsion de réfugiés politiques afghans qui risquent la mort dans leur pays, participation d'un contingent français à une guerre impériale dans ce même pays, obsession de la pureté nationale*: l'affaire de la burqa, la psychose de l'immigration, le pathos identitaire, etc.).

Comprenons-nous bien. Il serait assez difficile de me soupçonner de quelque réflexe communautaire que ce soit, n'ayant pas la «chance» de faire partie de la «diversité» (pour reprendre la novlangue orwellienne en vigueur). Ma communauté -enfin, celle que l'on m'impose à travers un certain nombre de clichés- est celle des citoyens français de naissance, de souche européenne, de culture catholique, abreuvés d'histoire de France depuis le biberon. Je suis par conséquent un héritier et n'ai aucun mérite. On ne me demande rien, si ce n'est d'exiger de mes concitoyens n'ayant pas tout à fait le même pedigree que moi qu'ils fournissent en permanence des efforts dont j'ai toujours été exempté.

Il serait encore plus difficile de m'assimiler aux activistes du «masochisme national» ou de «l'islamo-progressisme» (pour reprendre la terminologie polémique d'Alain Finkielkraut). Mes parents étaient gaullistes. «De la patrie, je ne mérite guère», mais j'ai suffisamment de connaissances historiques pour éviter de me laisser aller à des raccourcis simplistes. J'ai la plus grande estime pour toutes ces générations fauchées à l'âge de vingt ans, pour tous ces «morts pour rien» de nos villages, et c'est toujours avec une émotion intense, en pensant à mes aïeux, que j'appréhende la «Grande Guerre». Progressiste? C'est au nom du progrès que l'on a colonisé une partie de la planète. C'est également au nom du progrès que l'on détruit en ce moment la totalité de la planète.

Quant à l'islam, qui cela dérangeait-il à l'époque que nos troupes coloniales soient composées des sikhs et des musulmans affublés de leurs coiffes traditionnelles? Comme leurs frères d'armes musulmans, beaucoup de paysans français «de souche» sont morts sans maîtriser la langue française. Je pense à mes aïeux flamands. Oserait-on dire qu'ils étaient de mauvais Français?

Le général de Gaulle affirmait ceci: «La France est chrétienne, la République est laïque». C'est là tout le problème de la prétendue «identité nationale».

Pour être un bon Français, il faut peu ou prou s'inscrire dans la tradition catholique, même si l'on ne partage pas la foi chrétienne. Nos fêtes, nos paysages, nos lieux de culte, nos mentalités sont toujours marqués par un millénaire et demi de culture chrétienne. Même les plus anticléricaux des républicains le sont sur un mode parfaitement jésuitique! Quant à la laïcité, elle implique de reléguer ses propres pratiques cultuelles, ses coutumes, ses convictions, dans la sphère privée, intime et clandestine - et donc d'interdire ces pratiques dans l'espace public (pour ce faire, il faudrait d'ailleurs raser nos églises ou bien jeter un voile pudique dessus... ;-) ). Il suffit de disséquer le contenu de cette laïcité pour comprendre qu'elle est de facto liée à une culture particulière (on parle même de culture laïque sans préciser ce dont il s'agit). Une religion d'État, en quelque sorte, fille œdipienne du catholicisme traditionnel et du déisme philosophique.

Ce que soulève Éric Besson est explosif. Il souligne toutes les contradictions du républicanisme à la française. Son péché originel, en quelque sorte. Celui d'avoir confondu dès le départ «appartenance nationale» et citoyenneté. L'identité est ce que nous avons de plus intime. La République française nous avait déjà sommé, à nous, «Français de souche», de reléguer ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons, ce qui fait notre identité, dans la sphère de l'intimité. Même injonction étatique, aujourd'hui, aux «Français greffés», s'ils veulent appartenir à l'arbre de la Nation. Il n'y a pas de raison, chacun son tour, dirions-nous... avec une pointe de xénophobie (est-ce que les greffes vont bien prendre? qu'ils fassent d'abord leurs preuves, etc.). On dira ensuite, la crise sociale aidant, «Aimez la France ou partez!». Car la méritocratie républicaine n'est qu'un discours. La République est fille de la rhétorique, ne l'oublions pas.

Cette confusion entre citoyenneté (politique, civique) et nationalité (culturelle, ethnique), voulue par une République souhaitant, hier comme aujourd'hui, définir ce que nous sommes, est tout simplement totalitaire. J'appelle totalitarisme une idéologie unanimiste et uniformisante qui souhaite modeler le corps social en un seul bloc, selon un modèle anthropologique préétabli. Définir l'identité nationale n'est pas seulement un aveu d'échec, un appauvrissement conceptuel, c'est un danger redoutable. Les régimes pavés de bonnes intentions qui ont tenté de définir l'identité nationale ont toujours fini par établir une frontière étanche entre ce qui était assimilable et ce qui devait être impitoyablement rejeté du corps national, de la communauté du peuple (les ennemis de l'intérieur...). La législation xénophobe de la 3e République finissante a par exemple préparé la voie aux dispositifs de Vichy**.

La république était une très belle idée, tant qu'elle visait à unir sans uniformiser, tant qu'elle respectait l'identité de chaque personne et de chaque communauté, sans autre immixtion politique que la protection des droits individuels et des faibles, tant qu'elle fédérait les citoyens autour de symboles réellement universels. Notre identité nous appartient, nos appartenances multiples également, que les politiques nous laisse tranquilles et sereins avec cela! En tant que «Français de souche», héritier d'une histoire plus riche et plus complexe que cette histoire laïco-républicaine méprisante à l'égard de ses anciennes provinces, de ses anciennes colonies, de ses minorités (visibles ou non), je dois dire que je ne me reconnais nullement dans un régime qui fait de l'aliénation culturelle un impératif catégorique.

Le pouvoir républicain a interdit à mes aïeux de parler leur langue maternelle, le flamand, le picard. Humiliés, nous sommes devenus des «Chtis», autrement dits des animaux de cirque, des prolétaires nécessairement sympathiques, nés pour détendre les Hexagonaux modèles. Dans «le Nord», la plaie identitaire n'est pas seulement sociale (les mines, le chômage, l'alcool), elle est également culturelle. Le corsaire dunkerquois Jean Bart parlait flamand et connaissait fort peu le français. Il était la risée des courtisans lorsqu'il se rendait auprès du souverain, à Versailles. Rien de bien nouveau. Ce que je ne pardonne pas à la République française, c'est d'avoir démocratisé cette culture du mépris au lieu d'avoir permis à la diversité française de s'épanouir (conformément aux cahiers de doléances de 1789).

Ce débat, on le voit, n'est pas nouveau. La République française, ses succédanés autoritaires et ses chiens de garde ont toujours eu peur de la société. L'abbé conventionnel Grégoire disait en 1794: «Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et la haine de la République parlent allemand. La contre-révolution parle l'italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreurs.»

Mission accomplie.

OR

* Qu'un sang impur abreuve nos sillons (hymne officiel de la République française).
** Gérard Noiriel, Les origines républicaines de Vichy, Hachette L., 1999, 332 p.
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Lutz
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MessageSujet: Re: Identité nationale? par Olivier Rabache   Jeu 12 Nov 2009 - 1:21

J'ai lu ce texte d'Olivier sur FBK : très bon texte ! Smile
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Identité nationale? par Olivier Rabache
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