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 Le dégel des relations passe par le col Collon

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MessageSujet: Le dégel des relations passe par le col Collon   Ven 22 Aoû 2008 - 12:43

Le dégel des relations passe par le col Collon
Le Nouvelliste - 22 août 2008 - TEXTE PASCAL FAUCHÈRE

HISTOIRE Le climat se réchauffe. Les relations entre communautés alpines aussi. Et ce n'est pas un pur hasard. Exemple avec le col Collon, trait d'union récemment oublié entre le val d'Hérens et le Valpelline.
30-31.07.2008. Arolla-Prarayer. A la decouverte du COL COLLON 3100m. entre Arolla (VS) et Prarayer (AO), une etape du TOUR DU CERVIN effectuee en compagnie de Roger ANZEVUI president du Tour du Cervin et Francis, son frere. Sur le nouveau chemin en dessous de Plan-Bertol.

«Chèïn déi mîmo!» Littéralement, «nous sommes des mêmes» en patois évolénard. Souvent entendue, la consonance est similaire dans le arpitan de Bionaz, commune de Valpelline en Italie voisine. De part et d'autre du col Collon, la tradition orale conserve encore la mémoire des échanges entre les deux régions, malgré la frontière. «La montagne d'Orcin et le fameux passage qui de la Suisse et d'Aoste unit le voisinage»: une allusion du poète valdôtain L.C. Gerard aux Pointes d'Oren et au col Collon en 1926.

Si l'archéologie met en lumière l'ancienneté de ce passage dix fois millénaire, la tendance est aujourd'hui au réchauffement des relations après plus d'un demi-siècle de séparation. Les projets Interreg ou le Tour du Cervin en témoignent. Survol en cinq points d'un col oublié, sur les traces des caravanes marchandes et des tribus guerrières du Moyen Age qui ont emprunté ce passage alpin. Qui est appelé à renaître?
» Immigration préhistorique

Des découvertes archéologiques récentes font état de passages alpins déjà empruntés vers 8500 avant J.-C. par les chasseurs-cueilleurs. Des objets ont été trouvés au col Collon telle une lame de poignard vieille de plus de 4000 ans. L'hypothèse est que ces chasseurs vont se sédentariser avec l'arrivée des pasteurs-agriculteurs venus de l'Italie du Nord. La traversée des Alpes par les premiers paysans au col Collon est illustrée dans une exposition*. «Dans cette illustration (voir ci-dessous), nous aurions même dû gommer toute trace d'un glacier», avance le conservateur du Musée cantonal valaisan d'archéologie, Philippe Curdy.
» Passage antique

La présence celte est attestée dans la commune d'Evolène. «Fait étonnant, les peuples du Valais (Ubères, Sédunes, Véragres), semblent avoir plus d'affinités avec les Salasses (Aoste) et les Lépontes (Piémont oriental) qu'avec leurs voisins du Nord, les Helvètes», peut-on lire dans un travail sur la Via Antica de Yannick Beltrami. Des traces romaines (pont, relais, monnaies) ont été aussi mises à jour dans le haut val d'Hérens.
» Guerre et paix moyenâgeuses

L'optimum climatique médiéval est une période inhabituellement chaude en Europe, qui a duré de l'an 900 de notre ère jusque vers 1300-1400. «C'est l'époque dorée des échanges commerciaux - marchandises et bétail - à travers les Alpes», note Elfrida Roullet, professeur d'histoire et de géographie dans le val d'Aoste. Et des nombreux accrochages entre Valaisans et Valdôtains aux XIIe et XIIIe siècles... Puis deux documents datant de 1329 et 1369 montrent une volonté de coopération. Le second assigne notamment aux Valaisans une place à Prarayer pour le bétail amené à la foire d'Aoste qui dispose encore de la place d'Hérens derrière l'Hôtel de Ville. A Evolène, le lieu-dit «Clos lombard» situé vers le cimetière communal faisait office de place de marché. Cette voie aurait été plus facile qu'au XXe siècle grâce à des glaciers moins étendus. Certains chercheurs comme Friedrich Röthlisberger estiment au contraire qu'avec une diminution des glaciers, les passages peuvent, dans certains cas, devenir impraticables.
» Commerce et glaciation contemporains

Le col Collon constitue une limite politique dès 1475. Au XVIe siècle, compte tenu des tensions avec le Duché de Savoie, la Diète valaisanne décide d'interdire le passage de Collon (1525). Elle revient sur sa décision suite aux pressions hérensardes (1529). On tient encore une foire à Prarayer en 1643 avec du bétail valaisan amené par ce col. La tradition rapporte que l'alpage de Pra Gras, à Arolla, aurait même été exploité par les gens de Valpelline.

Parallèlement débute le «Petit âge glaciaire» qui s'étend jusque vers 1850. Un commissaire du roi de Sardaigne écrit en 1743 qu'on ne traverse désormais le col qu'à la belle saison. Au XIXe siècle, avec l'arrivée des premiers touristes anglais, Ch. Goddeffroy raconte en août 1838: «Le parcours n'est accessible qu'aux piétons et encore est-il très difficile et très dangereux à cause de l'accroissement du glacier supérieur d'Arolla.» De son côté, le curé du Valpelline, l'abbé Henry, explique dans un de ses ouvrages en 1925 qu'«un grand commerce s'y fit surtout entre les années 1830-1870: les riches montagnards d'aujourd'hui doivent au col Collon le commencement de leur fortune.» Les derniers troupeaux de vaches - déclarés - auraient passé la frontière dans les années 1890.
» Oubli et renaissance actuelle

Puis le col fait frontière. Et cette oeuvre de Maurice Chappaz qui compose, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un poème intitulé «Complainte des chrétiens qui tuèrent le Christ au col de Collon». Une oeuvre basée sur une histoire traumatisante vécue par un ami de Chappaz en poste sur le passage et qui assista au renvoi d'un couple juif.

«Avec le percement des tunnels et l'amélioration des voies de communication dans la 2e partie du XXe siècle, ces cols, devenus secondaires, sont tombés dans l'oubli», analyse Philippe Curdy.

Reste que des initiatives existent de part et d'autre de la frontière. Les produits touristiques permettent de «renouer des liens entre les montagnards des deux vallées», explique le président du Tour du Cervin, l'Evolénard Roger Anzévui. «Le Tour marche fort. Les randonneurs ont pris le relais des voyageurs.» Une idée de course à pied entre Arolla et Prarayer est même à l'étude. Sans oublier le projet de biosphère en cours tant du côté du Valpelline que du val d'Hérens. Le réchauffement climatique aura-t-il raison de la frontière actuelle?
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