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 A Amsterdam, l'herbe est moins verte

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Cyrano
Savoyârd téta-de-lârd


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MessageSujet: A Amsterdam, l'herbe est moins verte   Jeu 24 Juil 2008 - 19:18

J'aime bien la référence à Castaneda dans le dernier paragraphe ...

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A Amsterdam, l'herbe est moins verte
http://www.telerama.fr/monde/a-amsterdam-l-herbe-est-moins-verte,31808.php
Le 24 juillet 2008

LE MONDE BOUGE - Les Pays-bas vivraient-ils la fin d'une époque ? Laboratoire des libertés depuis les années 60, unique en Europe, le modèle néerlandais est aujourd'hui remis en cause par les conservateurs. Mais quelques progressistes se battent encore.

A la fin des années 70, quand Télérama fait le voyage d'Amsterdam, l'extase est au bout du chemin : « Liberté, voilà le grand mot lâché, la marque de cette ville admirable qui en fait un îlot rarissime et précieux dans le monde d'aujourd'hui, écrivait Jean Wagner. Une liberté qui ne se proclame pas, mais qui est partout, dans la pierre et dans l'eau, le ciel gris et les canaux noirs... » A l'époque, l'attraction pour le modèle hollandais fonctionne à plein. Et pas seulement dans ces colonnes. Les voyageurs du monde entier semblent pris d'une douce euphorie quand ils pensent aux bords de l'Amstel et aux « coffee shops » du centre-ville où la vente de haschisch est autorisée sous licence. Certains viennent pour observer, d'autres pour rester. Des libres-penseurs de la génération hippie, notamment, qui quittent la Californie pour réévaluer leurs utopies : « Pendant longtemps, j'ai eu le sentiment de vivre au centre du monde, confie aujourd'hui Henk Hofstede, chanteur des Nits, fleuron de la pop locale. Les musiciens qui venaient jouer ici étaient d'une curiosité inextinguible, ils me donnaient le sentiment de vivre dans un étrange paradis. »


Sous un ciel entre deux eaux, aux premiers jours de l'été 2008, Henk Hofstede est donc la première personne que l'on rencontre à Amsterdam, aux portes d'une librairie chic et lumineuse de Koningsplein où Paul Auster vient d'achever une signature. Son immuable silhouette de Tati des polders, son flegme et son humour délicat pourraient laisser penser que rien n'a changé, que la Hollande est toujours le pays cosy (« gezellig ») et décalé « où l'on aime les petites discussions sur les grands sujets et les grandes discussions sur les petits sujets » et dont il nous envoie, depuis le début des années 80, de paisibles nouvelles dans les vignettes pop rêveuses de son groupe. Or Henk, père de trois enfants adolescents, vit à deux rues de l'endroit où le cinéaste Theo Van Gogh fut abattu en 2004 par un islamiste fanatique (deux ans après l'assassinat du leader populiste Pim Fortuyn, premier meurtre politique aux Pays-Bas depuis des siècles...). Le modèle du multiculturalisme est en berne, les tensions sociales s'aiguisent, le nationalisme et le conservatisme religieux progressent à nouveau sur le terrain qu'ils avaient perdu à l'orée des années 60. Comme beaucoup de ses concitoyens, Henk est aujourd'hui un homme qui doute. Et qui ne s'y était pas préparé : « J'ai toujours pensé que nous allions forcément dans la bonne direction, dit-il, que nous inventions de nouvelles manières de penser librement - le sexe, les relations humaines, l'éducation, le rapport aux drogues, à la prostitution - et que les autres pays finiraient par adopter notre modèle parce qu'il était frappé au coin du bon sens. »

Fils d'une famille ouvrière dans un pays opulent, l'auteur du disque In the dutch mountains (« Dans les montagnes hollandaises ») est entré dans l'adolescence comme dans un monde merveilleux, au milieu des années 60, à l'époque où les Beatles traversaient Amsterdam en jouant sur une péniche et où les « provos » lançaient, dans les rues de la ville, une rébellion anarchiste unique en son genre. « Les membres du mouvement provo mélangeaient la culture du “happening” new-yorkais et un sens du pragmatisme tout à fait hollandais », raconte le chanteur. Un soir, ils lançaient l'appel à la défonce collective (« Stoned in the streets ») et leur leader se faisait percer un « troisième œil » dans le front pour aiguiser sa perception ; un autre jour, ils créaient le mouvement des bicyclettes blanches, ancêtre libertaire du Vélib' qui exigeait de la municipalité qu'elle mette à disposition des habitants des centaines de vélos peints en blanc et sans verrous (« la bicyclette blanche est le premier transport communautaire, proclamait leur manifeste. La bicyclette bla nche est une provocation contre la propriété privée ! Un symbole de simplicité et de pureté face à la vanité et à la stupidité de la voiture tyrannique ! »).

Les provos se sont sabordés avant 1968, mais à Amsterdam les voitures sont vaincues, leurs idées ont fait du chemin jusqu'au sein du conseil municipal et certains d'entre eux ont gardé le cap avec un achar­nement singulier. Le charismatique et bouillonnant August de Loor, par exemple, militant de la dépénali­sation de la drogue, qui nous donne rendez-vous un vendredi après-midi au rez-de-chaussée d'une coquette résidence de briques orangées dans le quartier des docks. Pionnier de la politique de décriminalisation, il est apparu dans le paysage au milieu des années 70 en formant le « syn­dicat des junkies » pour que ceux-ci (dont il n'était pas) puissent faire entendre leur voix et respecter leurs droits. De l'ouverture des coffee shops aux programmes d'échange de seringues propres, via la prescription médicale de l'héroïne et la vente libre de champignons hallu­cinogènes « frais et non séchés », il s'est battu sur tous les fronts pour imposer une autre voie que celle de la répression. « Nous nous sommes démenés, dit-il, pour que les autorités traitent la question de la drogue sans paniquer et sans recourir à l'exclusion. Dans les années 70, tout semblait lié : le combat pour l'égalité des femmes, la libéralisation de la drogue, le droit au logement... Nous voulions bâtir une société plus ho­mogène ("a compact society"), et notre style, c'était le pragmatisme. C'est d'ailleurs toujours notre approche de la liberté : le sens de l'observation et la discussion, une manière de considérer un problème sous tous ses angles jusqu'à trouver une solution. »

Les avancées ne se sont jamais faites sans mal. Mais, dans le climat politique actuel, elles ne se font plus. « Depuis une dizaine d'années, au­cune des innovations que j'ai pro­posées dans mon domaine n'a été entendue... » Dans un article du magazine américain Newsweek, de Loor disait récemment qu'il n'y aurait plus de coffee shops à Amsterdam d'ici à dix ans. Le soir de la spectaculaire victoire des Pays-Bas sur la France au Championnat d'Europe de football, une telle prophétie aurait sans doute été accueillie avec une incrédulité tapageuse. Vers minuit, à l'attaque du week-end, on se fraye difficilement un chemin jusqu'au comptoir dans les établissements du centre où les supporters d'un soir se demandent s'ils vont entamer leur troisième mi-temps avec un joint d'Amnesia ou de Blue Cheese, une marijuana aux saveurs de fraise ou au goût de myrtille. Les touristes sont en nombre et les Français ne sont pas les derniers à soigner leur blues au bar, où les serveurs roulent des joints en distillant de savants conseils sur la qualité de la marchandise, sa composition, sa provenance et ses effets. Les murs du Green House, en bordure du Red Light District (le quartier « rouge » d'Amsterdam), sont décorés des photographies des habitués les plus célèbres : Alicia Keys, Eminem, Mike Tyson, Luke Perry, tous manifestement conquis par la politique de tolérance néerlandaise.

Chaque consommateur peut repartir avec 5 grammes maximum de haschisch ou de marijuana. Il peut aussi acheter des graines pour ses propres plantations. On recense environ 40 000 petits producteurs dans le pays. Qui participent plus ou moins activement, plus ou moins professionnellement, plus ou moins clandestinement, à une économie générant environ 4 milliards d'eu­ros tous les ans (dont 500 millions reviennent à l'Etat sous forme d'impôts). Il y a quelques années, les journaux parlaient d'« avalanche verte ». Les petits producteurs « maison », parfois subventionnés par le ministère de la Recherche, rivalisaient d'inventivité au cours de la Cannabis Cup, calquée sur le modèle des compétitions viticoles, et l'herbe néerlandaise atteignait de tels sommets d'efficacité que certains s'en inquiétaient. « Si l'herbe est forte, on en consommera simplement un peu moins », philosophait alors la ministre de la Santé. Et tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Aujour­d'hui, la réalité est totalement différente, explique Marc Jacobs, président du syndicat des coffee shops, qui a ouvert, à 23 ans, un petit hôtel pour "fumeurs" au centre-ville. La tolérance n'est plus qu'une façade. Depuis 1998, il ne s'est plus ouvert le moindre établissement à Amsterdam et, sous l'influence des chrétiens-démocrates, tous les prétextes sont bons pour retirer une licence et fermer une boutique. Dans la politique du compromis, qui est la grande force de notre société, les voix progressistes n'ont plus le même poids. Nous sommes passés de la théorie du "risque acceptable", dans les années 70, à la "politique des nuisances". » Un arsenal réglementaire se met en place pour remonter le cours de la politique de décriminalisation. Depuis 2007, la vente d'alcool est interdite dans les coffee shops. Et ils doivent maintenant se trouver à distance respectable (environ 500 mètres) des établissements scolaires.

« Aujourd'hui, le principe de libéralisation est battu en brèche dans tous les compartiments de la société hollandaise, commente le cinéaste Eddy Terstall. Nous devons nous battre pour défendre les avancées les plus élémentaires obtenues par la génération précédente. » En 2004, ce jeune réalisateur d'Amsterdam s'est fait remarquer sur la scène internationale avec Simon, petite comédie dramatique dont le héros était un propriétaire de coffee shop homosexuel. Cet automne, son nouveau film, Vox Populi, sera une comédie sur les élections. Signe que, par la force des choses, la politique est devenue son champ d'action principal.
Membre en vue du parti travailliste à Amsterdam, Eddy Terstall mène désormais une lutte tenace pour que la gauche ne recule pas sur des principes fondateurs du progressisme néerlandais : « Nous sommes gouvernés par une coalition de chrétiens et de sociaux-démocrates qui ne prennent plus au sérieux la séparation de l'Eglise et de l'Etat, dit-il. La gauche est à l'écoute des minorités religieuses et elle cède du terrain face aux conservateurs chrétiens et musulmans qui joignent leurs forces pour attaquer tout ce pour quoi nos parents se sont battus, la liberté d'expression, la libération des drogues et des mœurs, les droits des femmes et des homosexuels... »

Les penseurs de la « tolérance » - « l'Eglise de gauche », comme les qualifiait le populiste Pim Fortuyn - se pensaient à l'avant-garde de l'Europe, ils sont aujourd'hui sur la défensive : « Pour la première fois depuis des lustres, une intelligentsia de droite se fait entendre aux Pays-Bas, dit le sociologue Dick Pels. Nous nous sommes vus longtemps comme une société foncièrement ou­verte, cosmopolite, portée sur l'acceptation des différences, le dialogue, l'apprentissage des langues. Et nous sommes aujourd'hui confrontés à une pensée dominante qui met en avant la religion, la famille et l'identité nationale, des valeurs oubliées depuis la fin des années 50 et qui sont revenues en force avec les angoisses liées à la mondialisation et à l'immigration... » D'où qu'elle parte, toute conversation débouche rapidement et inévitablement sur la question du multiculturalisme. « C'est comme si nous nous étions réveillés d'un coup après le 11 Septembre, dit le cinéaste Martin Koolhoven, auteur de Kitchen Paradise, comédie à succès sur le melting-pot. En fait, notre société vivait dans un tel confort économique et idéologique que nous nous sentions à l'abri d'une remise en cause. » Martin Koolhoven a réalisé deux comédies légères sur les bienfaits de l'intégration pour « ouvrir les soupapes » : « Pour l'instant, nous sommes encore loin de produire des films sérieux sur le problème des banlieues. Nous continuons à regarder les émeutes françaises en nous disant que ça ne peut pas arriver chez nous. »

« Quand les banlieues de Paris brûlaient, s'amuse Marc Jacobs, du syndicat des coffee shops, nous nous sentions protégés par le rideau de "petite fumée" qui s'élève dans nos villes. » La métaphore fait sourire mais n'est pas tout à fait fumeuse. Quelques heures après l'assassinat du cinéaste Theo Van Gogh, August de Loor, l'officieux « monsieur drogue » d'Amsterdam, a reçu un coup de fil du maire, qui s'affolait de la décomposition du tissu social. L'ex-Provo lui a laissé entendre que les coffee shops restaient le lieu privilégié pour la discussion entre les communautés, entre jeunes Néerlandais et jeunes Marocains. Au cours de la semaine suivante, ils sont restés ouverts pour des « journées du dialogue », qui furent considérées comme un succès. Anecdotique ou pas ? La question est d'autant plus brûlante que, à l'exemple d'autres pays d'Europe, les Pays-Bas ont mis en place en juillet une loi interdisant la cigarette dans les lieux publics et qui empêche donc de mélanger du tabac à l'herbe. A la cinquième infraction, fermeture de l'établissement. Après bien des discussions, où les arguments commerciaux et le poids du tourisme dans l'économie de la ville pesaient plus sûrement que l'esprit libertaire, les coffee shops ont obtenu de préserver un petit « espace fumeur ». Reste à savoir pour combien de temps... .

Laurent Rigoulet
Télérama n° 3054

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MessageSujet: Re: A Amsterdam, l'herbe est moins verte   Ven 25 Juil 2008 - 12:18

Je trouve particulièrement pervers l'amalgame entre des libertés:

" la liberté d'expression, la libération ... des mœurs, les droits des femmes et des homosexuels... "


et les toxiques nervins:

"la libération () des drogues ..."

Les libertés libèrent l'Homme. Les drogues l'enchainent.
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