Instruisons les Monchus:
POURQUOI ON NE PRONONCE NI LES -Z NI LES -X!!!(En Savoie Haute-Savoie et dans toute l'Arpitanie)
Berlioz ne rime pas avec myxomatoseLa Savoie a une histoire,
mais elle a aussi une orthographe particulière. Pour éviter les fautes
de prononciation, Henri rappelle les bases de la graphie savoisienne
dans une ultime chronique.
En Savoie, de nombreux noms de lieux
ou de famille se terminent en oz, az, ex ou uz. Mais ces graphies
typiques provoquent de multiples erreurs de prononciation. Il n’est pas
rare d’entendre prononcer le z final avec un accent tonique sur la
dernière syllabe. Ainsi, Berlioz sera prononcé Berliose, comme
myxomatose. Et certains porteurs de noms en oz ou en az vous
affirmeront, sans rire, qu’ils sont d’origine espagnole. L’origine de
l’orthographe savoisienne est pourtant bien connue des philologues,
mais il est navrant de constater à quel point le public l’ignore. C’en
est à croire que la graphie de Savoie sent le fagot, a quelque chose de
suspect, de saugrenu. Notre orthographe fait cependant partie de notre
patrimoine. Elle mérite donc notre respect et celui des gens qui
admettent le droit à la différence.
Si son utilisation fut
généralisée par Pierre II, dit le Petit Charlemagne, qui régna sur la
Savoie de 1262 à 1268, cette orthographe n’est pas née de la fantaisie
d’un comte, mais du souci qu’avaient les scribes de distinguer la
prononciation du patois de celle du latin. Dès le IXè siècle, des
clercs eurent l’idée d’utiliser des consonnes « inutiles » de
l’alphabet latin (x et z) pour signaler une prononciation indigène
différente de la prononciation latine. Ce procédé d’adjonction de
consonnes pour modifier le son latin est d’ailleurs utilisé dans
presque toutes les langues romanes. Mais nos clercs l’ont fait à leur
manière. Nos terminaisons en z ou en x sont donc purement
conventionnelles. Et pas plus bizarre que le z de chez ou le x de
chevaux en français.
Rappelons quelques règles simples. Le x final
ne se prononce pas. Ainsi, Fernex se prononce Ferney. Le z final ne se
prononce pas non plus et indique que la voyelle terminale, atone, se
prononce presque comme un e muet, mais en marquant légèrement le son a,
o ou u. Mermoz se prononce donc Merme, en marquant très légèrement le
o. Lorsque le z final suit un groupe de voyelles tel io ou ia (Marlioz,
Verniaz…), ce groupe de voyelles doit être presque atone et mouillé,
comme en français le n précédé d’un g est mouillé dans le mot Bretagne.
Orthographié façon Savoie, il s’écrirait Bretaniaz. Ce système permet
de mouiller toutes les consonnes, ce que ne permet pas le français. Un
dernier exemple avec Jorioz, qui se prononce Jo-R-Ye avec accentuation
sur le Jor. Et on voit là que notre graphie peut être intraduisible en
français car, si l’on remplace ioz par ie, cela donne Jorie (prononcer
Jory), ce qui n’est pas du tout la même chose.
Alors de grâce, que
ceux qui ont la chance de porter des patronymes bien de chez nous, tel
Anthonioz, Neplaz ou Contoz, rappellent à leurs interlocuteurs que cela
se prononce Antogne, Nèple ou Conte, et pas Entoniose, Naiplase ou
Contose. Le respect de notre Savoie passe par le respect de son
orthographe.
Henri Denarié, La Voix des Allobroges N°13
Voir également:
ArpitaniaChablais-Savoie Info
La Voix des Allobroges